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domingo, 1 de marzo de 2020

Une Étude du XVIII siècle


Une Étude du XVIII siècle où manquerait Rousseau et Voltaire ne serait pas plus incomplete que cette même Étude d’où serait absent Mirabeau. Il est la première grande figure qui ouvre l’ère des revolutions, qui traduit en discourse et en actes publics ce qu’avaient dit les livres; la première qui se dessine, en la dominant encore, dans la tempête. Aborder Mirabeau en plein serait une rude tâche, et il n’est pas de ceux qui se laissent prendre de biais et qu’on effleure. Aujourd’hui pourtant, grâce à un secours bienveillant, l’idée m’est venue de le ressaisir dans l’episode le plus Vaillant de sa jeunesse, dans cet épisode trop célèbre, sa liaison avec Sophie, et de m’en faire une occasion pour rassembler et rappeler quelques idées qui ne peuvent manquer de naître toutes les fois qu’on s’approche de cet extraordinaire et prodigieux personnage.

Sainte-Beuve. Mirabeau et Sophie, en Causeries du lundi. Paris: Garnier, 1926. Vol. IV, p. 1.

viernes, 14 de febrero de 2020

Un jour de lueur

Un jour de lueur, M. Sainte-Beuve appela Goethe un Talleyrand littéraire, et il se repent maintenant de cette idée juste. La chassie de l'admiration a bouché ses yeux à tout éclair. Mais, alors, il avait raison. Oui! un faux air de Talleyrand jusque dans la pensée, voilà le trait caractéristique de cette physionomie de Goethe, lequel a eu plus de bonheur par ses défauts que par ses qualités, comme il arrive toujours, du reste.

Barbey d'Aurevilly. Goethe et Diderot. París: Lemerre, 1913. P.274

viernes, 7 de febrero de 2020

Sainte-Beuve n'aimait pas la discussion

Sainte-Beuve n'aimait pas la discussion, qui lui faisait rougir les oreilles et bégayer sa langue pointue, de colère de contrarieté... Dans ces avalanches du verbe de Diderot, le pauvre Sainte-Beuve n'aurait trouvé ni la place ni le temps de glisser une de ses anecdotes ou un de ses aperçus, qu'on n'aperçoit plus à quatre pas, tant ils sont fins. Diderot aurait trop rappelé Cousin à Sainte-Beuve, Cousin qu'il admirait respectueusement, mais à distance, craintif comme un lièvre devant ce bombardant philosophe. 

Barbey d'Aurevilly. Goethe et Diderot. París: Lemerre, 1913. P. 116

lunes, 3 de febrero de 2020

Molière, comme Shakespeare

Molière, comme Shakespeare, le sait ; comme ce grand devancier, il se meut, on peut le dire, dans une sphère plus librement étendue, et par cela supérieure, se gouvernant lui-même, dominant son feu, ardent à l'oeuvre, mais lucide dans son ardeur. Et sa lucidité, néanmoins, sa froideur habituelle de caractère au centre de l'oeuvre si mouvante, n'aspiroit en rien à l'impartialité calculée et glacée, comme on l'a vu de Goethe, le Talleyrand de l'art: ces raffinements critiques au sein de la poésie n'étoient pas alors inventés. Molière et Shakespeare sont de la race primitive, deux frères, avec cette différence, je me le figure, que dans la vie commune Shakespeare, le poëte des pleurs et de l'effroi, développoit volontiers une nature plus riante et plus heureuse, et que Molière, le comique réjouissant, se laissoit aller à plus de mélancolie et de silence.

Sainte-Beuve. Molière, en Oeuvres de Molière. Paris: J. Hetzel, 1869. P. 20.